Actualité à la Hune

Études de plan d’eau (n°4) - Rediffusion

Marseille (1) : les spécificités de la rade

  • Publié le : 14/03/2015 - 00:01

SNIMLa SNIM est le rendez-vous incontournable des régatiers méditerranéens : sous la patronage de Notre-Dame de la Garde, le plan d’eau marseillais est particulièrement attrayant par ses spécificités météo. Photo @ Gilles Martin-Raget (Sea & Co)

 

Après la baie de Quiberon, voici la reprise de l'étude de la rade de Marseille, destinée aux régatiers et aux amateurs de croisière. Plantons d'abord le décor avec ce premier article : blottie entre des reliefs marqués aux abords de l’embouchure du Rhône, la rade est ouverte sur le Sud-Ouest et le Sud, alors que les vents soufflent majoritairement du Nord-Ouest et du Sud-Est. D'où un phénomène de canalisation marqué !

 

La Méditerranée, coincée entre les continents européens et africains, reste une mer fermée qui n’offre pas la même diversité climatologique que les régions tempérées de l’Atlantique. Les centres d’action (anticyclone et dépressions) ne peuvent se déplacer aussi rapidement que dans un océan ouvert et les situations météo sont plus bloquées, ce qui n’empêche pas une grande variabilité dans le temps et localement.

 

Altimétrie MarseilleLes reliefs entourant la rade Sud de Marseille sont très importants pour comprendre les directions privilégiées du vent et la prédominance des brises de Nord-Ouest et Sud-Est. (Cliquez sur les illustrations pour les agrandir).Carte @ DR

 

C’est particulièrement le cas en rade de Marseille qui propose deux grandes directions privilégiées pour le vent synoptique mais finalement nombre de changements dans une même journée, où la brise peut monter à plus de 30 nœuds en milieu d’après-midi et tomber au calme plat ou presque en soirée. Avec aussi des brises thermiques très efficaces pour se déhaler dans l’après-midi…

 

A Marseille, la température de l’eau varie tout au long de l’année : elle atteint au Prado 13°C en janvier, 14°C en avril, 21°C en juillet, 18°C en octobre. En parallèle, la température moyenne de l’air varie (nuit-jour) de 3°C à 11°C en janvier, de 9°C à 15°C en avril, de 19°C à 29°C en juillet et de 12°C à 20°C en octobre. En conséquence, les écarts thermiques sont importants entre la Méditerranée et la terre selon le rythme diurne-nocturne, ce qui va influer non seulement sur les brises locales, mais aussi sur la circulation générale par renforcement ou diminution du régime des masses d’air.

 

Un bassin enserré

 

Bathymétrie Marseille La bathymétrie des fonds du golfe du Lion montre bien l’étendue du plateau continental (zone orange) et la brusque tombée des fonds (zone bleue) à proximité de la rade de Marseille (en haut à droite).Photo @ Ifremer

 

Déjà la bathymétrie du golfe du Lion montre que l’extension du plateau continental est modérée dans sa partie Ouest et plutôt faible dans sa partie Est : au large du phare du Planier, les fonds descendent très rapidement par des canyons sous-marins jusqu’à des profondeurs de 1 500 mètres et plus ! La rade Sud de Marseille a une profondeur moyenne de 35 mètres en son centre, de 20 mètres entre les îles d’Endoume et le cap Croisette.

Fonds marins MarseilleCôté orographie sous-marine, on distingue bien la prolongation des lignes de sonde en « pince de crabe » due aux îles du Frioul qui séparent géographiquement mais aussi bathymétriquement les deux rades de Marseille. Photo @ DR

Par ailleurs, la carte marine de Marseille montre bien que les fonds sont «torturés» par les îles du Frioul qui forment une barrière océanographique en séparant franchement les deux rades. Pour autant, le courant général de Ligure affecte peu le bassin et les marées ne génèrent pas de courants significatifs dans la rade. Pourtant, Marseille fut le premier observatoire pour établir le niveau moyen de la mer avec son marégraphe de la corniche. Mais en fait, l’onde marée arrivant de l’Atlantique par le détroit de Gibraltar ne se propage pas plus loin que Malaga.

 

La Méditerranée peut être en fait considérée comme un double bassin segmenté par la botte italienne, ces deux bassins oscillant pratiquement simultanément. Ainsi l’amplitude moyenne à Marseille est de 21 centimètres, le plus grand marnage constaté ayant atteint 77 cm et le plus petit 3 cm ! De fait, il n’y a pas vraiment de flot et de jusant mais juste une oscillation du niveau moyen qui n’est pas régulière puisque dans une journée, le premier marnage est plus ou moins important que le deuxième (marée de type mixte).


 

Effets de résonance

 

Courants MarseilleCette cartographie du 24 mai 2013 montre que les courants océanographiques de surface ne sont pas négligeables en Méditerranée, mais qu’ils intéressent peu la rade de Marseille.Photo @ DRPour autant, il ne faut pas négliger les effets du Mistral sur le courant de surface, mais aussi sur la température de l’eau. Ainsi, dans le goulet entre Malmousque et If-Pomergues, le vent de Nord-Ouest génère un courant qui peut dépasser les 0,2 nœud de même qu’aux abords de l’île Maire. De plus, si le Mistral souffle plusieurs jours, il se crée un phénomène (certes limité) d’upwelling : l’eau de surface renvoyée au large est remplacée par de l’eau des profondeurs plus fraîche. Il y a donc un refroidissement passager de l’eau de mer ce qui influe sur la formation d’une brise thermique lorsque le Mistral s’écroule rapidement : en été, la brise de mer peut alors apparaître plus tôt et plus forte le lendemain d’un Mistral.

 

Et cette configuration spécifique des fonds marins de la rade de Marseille associée à la direction privilégiée des vents dominants crée aussi un phénomène de résonnance lorsque la brise souffle au-delà de 10 nœuds : par vent de secteur Ouest-Nord Ouest, il y a un mauvais clapot sous l’île d’If, devant la Madrague et le port de Goudes, tandis que par vent de secteur Est-Sud Est, l’approche de Pomergues donne du ressac avec un clapot court difficile à négocier.

 

Les vents dominants

 

Rose des vents du mois de juin.Rose des vents du mois de juin.Photo @ Archives WindfinderLa rose des vents annuelle montre clairement que deux directions sont privilégiées au Roucas Blanc : certes, les données ne sont pas tout à fait les mêmes qu’au milieu de la rade Sud de Marseille, puisqu’il y a un effet de déviation dû au massif de Marseilleveyre. C’est d’ailleurs ce relief qui est fondamental pour comprendre la spécificité de la météorologie marseillaise. Culminant à 433 mètres, ces montagnes sont une véritable borne qui bloque et oriente les brises synoptiques, mais aussi thermiques.

Les directions sont donc confinées au 300° à 330°, plus rarement au 345° pour les vents de secteur Nord-Ouest et au 110°-140° pour les vents de secteur Sud-Est qui sont quasiment inexistants de décembre à février inclus. C’est finalement le mois de juin qui offre la plus grande diversité avec une proportion non négligeable de brises de secteur Sud-Sud Est à Sud-Sud Ouest, mais c’est aussi à cette période que la force moyenne du vent est la plus faible de l’année.

 

Rose des vents du mois de juilletRose des vents du mois de juilletPhoto @ Archives WindfinderEn juillet, l’orientation privilégiée est le Nord-Ouest avec moins de 20% de brises de secteur Sud-Est tandis qu’en août, cette direction redevient importante. A l’exception du mois de novembre, il n’y a quasiment jamais de brise de secteur Nord-Est. Cela est la conséquence du relief local, mais aussi régional : à cause de sa configuration orographique, Marseille subit une météorologie de «bordure» car aucune dépression ne passe sur la rade et aucun anticyclone ne se centre sur la cité phocéenne.

 

Les perturbations qui intéresse le delta du Rhône et ses abords sont soit d’origine atlantique en passant au Nord des Alpes, soit d’origine saharienne en glissant vers la botte italienne, soit venant des Baléares en terminant leur course sur la Corse, soit relativement stationnaire sur le golfe de Gênes. Ces dépressions génèrent en  rade de Marseille, soit du Mistral, soit du vent d’Est qui s’oriente Sud-Est à cause du massif de Marseilleveyre. Dès que l’influence des basses pressions est passée, un anticyclone se forme entre les Baléares et la Sardaigne et le gradient de pression est relativement peu marqué dans l’Ouest du golfe du Lion. Aux vents de Sud-Est en rade de Marseille sont associés une forte humidité, une couverture nuageuse importante, de fortes pluies, voire une visibilité réduite.

 

Le Mistral marseillais

 

Mistral local du 26.06.13Situation caractéristique d’un Mistral local le 26 juin 2013 avec une courbure de l’isobare 1 020 hPa sur la rade de Marseille : le vent souffle à 20-25 nœuds pendant deux jours.Photo @ Met Office

 

Le Mistral à Marseille est toujours de secteur Nord-Ouest à Ouest-Nord Ouest (300° à 345°) : c’est un vent «froid», sec par effet de Foëhn, qui peut s’annoncer par des altocumulus lenticulaires. Il se forme essentiellement lorsqu’un courant d’air froid de secteur Nord-Ouest s’installe dans la vallée du Rhône : derrière un front froid, le ciel de traîne s’engouffre entre le Massif Central et les Alpes, ce qui provoque souvent le creusement d’une dépression dans le golfe de Gênes. Par compression du flux sur les Alpes, la différence de pression entre Montpellier et Marseille atteint alors 3 à 5 hPa. En fait, les météorologues distinguent trois types de Mistral : le «local», le «blanc», le «noir».

Vents MarseilleEn parallèle à la carte des courants de surface, les vents le même jour (24/05/13) indiquent que le Mistral qui souffle en rade de Marseille se disperse vers l’Ouest après Toulon, c’est à dire contre le courant Nord de Ligure.Photo @

Le Mistral local n’intéresse que la vallée du Rhône car il est consécutif d’un marais barométrique dans le Sud-Est de la France ou d’une bordure méridionale d’un anticyclone centré sur l’Europe de l’Ouest : il faut que la pression atmosphérique soit plus basse dans l’Est du massif Central que dans son Ouest. Le flux de Nord-Est qui en découle au Nord des Alpes s’oriente au Nord dans la vallée du Rhône et au Nord-Ouest sur la rade de Marseille : c’est un Mistral modéré, au ciel clair, qui peut durer plusieurs jours en dépassant rarement 25 noeuds.

 

Le Mistral blanc est caractéristique d’une masse d’air froide (voire polaire) et sèche coulant le long de la bordure orientale d’un anticyclone se développant des Açores à l’Ecosse. Le ciel est alors dégagé dès que le front froid est passé en Méditerranée et une dépression se creuse dans le golfe de Gênes.

Le Mistral noir est associé au passage d’une perturbation atlantique poussée par l’anticyclone des Açores : de l’air froid descend des îles britanniques et se canalise dans la vallée du Rhône avec plusieurs fronts secondaires et humides associés : le temps est plus couvert, voir pluvieux avec la formation de cumulonimbus. C’est un Mistral qui ne dure pas. Mais la rade Sud de Marseille est aussi le lieu privilégié des brises thermiques, particulièrement en été.

 

...........
A venir :

> Rade de Marseille (2) : les vents particuliers (samedi 28 mars 2015)

 

MistralQuand le Mistral se met à souffler en rade de Marseille, le vent peut monter à plus de 45 nœuds et la mer se former très rapidement : mieux vaut rester au port…Photo @ Gilles Martin-Raget (Sea & Co)

En complément

  1. départ du bol d or 10/06/2015 - 00:01 Etude de plans d'eau (n°3) Lac Léman (2) : les brises du lac Les reliefs qui enserrent le Léman privilégient trois directions du vent synoptique : Nord-Est, Ouest et Sud-Ouest. Mais avec l’élévation des températures estivales, les effets thermiques prennent le pas avec une multitude de brises locales que les Suisses identifient zone par zone par un nom précis. Et les contrastes thermiques étant très importants avec les glaciers alpins, les orages provoquent aussi des tourbillons qui peuvent s’avérer très dangereux.
  2. bol d or sur le léman 07/06/2015 - 00:01 Etude de plans d'eau (3) Lac Léman (1) : l’effet orographique A l’occasion du Bol d’Or de Genève, l’étude du lac Léman donne aussi des indications sur les autres plans d’eau intérieurs enserrés par des montagnes (Neufchâtel, Annecy, Balaton, Torbole…). Le relief prononcé du Jura et, surtout, des Alpes permet aussi d’aborder trois phénomènes météo spécifiques : l’effet de foehn, les brises de pente et les vents catabatiques.
  3. gpen lanvéoc 07/05/2013 - 00:01 Etude de plan d'eau La rade de Brest (2) : Vents et brises Deuxième volet de l’étude du plan d’eau de la rade de Brest s’appuyant sur les travaux de Yann Amice et Alain Daoulas sur les effets du relief et les brises thermiques. Terrain de jeu encerclé par les reliefs escarpés et dominé dans les terres par les Monts d’Arrée et les Montagnes Noires, la rade de Brest est aussi soumise à des effets de brises thermiques très complexes…
  4. grand prix de l rsquo;ecole navale   un beau plateau, de belles falaises  04/05/2013 - 00:01 Etude de plan d'eau (n°2) La rade de Brest (1) : hydrologie et courants Nous poursuivons notre série consacrée aux plus fameux plans d’eau de régate – et de croisière. A quelques jours du Grand Prix de l’École Navale à Lanvéoc-Poulmic (8-12 mai), voici tout ce qu’il faut savoir sur la rade de Brest, en deux volets. Commençons par les courants. L'étude des vents suivra dès mardi prochain !
  5. les vents de la baie de quiberon 26/03/2013 - 00:01 Études de plans d’eau (n°1) Baie de Quiberon (2) : les vents Suite de notre série consacrée aux plus fameux plans d’eau de régate – et de croisière. Après les courants, voici les vents de la baie de Quiberon. Puis, à quelques jours du Spi Ouest-France, nous mettrons tout cela en pratique dans le 3e volet !
  6. baie de quiberon   mettez-vous aux courants  23/03/2013 - 00:01 Études de plans d’eau (n°1) Baie de Quiberon (1) : les courants Nous commençons ici une série consacrée aux plus fameux plans d’eau de régate – et de croisière. A quelques jours du Spi Ouest-France, voici tout ce qu’il faut savoir sur la baie de Quiberon, en trois volets.