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La Solitaire du Figaro 2014

Alain Gautier : «Je reviens pour le plaisir»

  • Publié le : 30/04/2014 - 00:01

Alain Gautier 2014A 52 ans, Alain Gautier revient à ses premières amours, la Solitaire du Figaro, qu’il a remportée en 1989 et perdu pour 13 secondes en 2003 !Photo @ Dominic Bourgeois
 

Après onze années d'absence sur le circuit Figaro et huit saisons sans courses en solitaire, Alain Gautier reprend du service pour le plaisir… et pour surprendre plus d’un concurrent. Car, sous ses dehors décontractés, le Lorientais est un redoutable compétiteur qui a presque tout connu comme régate et comme support. Un quinqua à surveiller de près en juin prochain !

 

voilesetvoiliers.com : Alain, la dernière fois que tu as participé à La Solitaire, c’était la première année du Figaro Bénéteau 2…
Alain Gautier : Tout à fait, en 2003… Tout le monde était revenu parce que les années où il y a changement de support, les «anciens» sont motivés – les «Figaristes» purs et durs n’ont pas eu le temps de prendre le bateau en main ! On partait vraiment à armes égales puisque la connaissance du support était la même pour tous. C’est pourquoi il y a eu cette «rafale d’anciens» avec Michel Desjoyeaux (3e), Loïck Peyron (6e), Marc Thiercelin, Lionel Péan, Kito de Pavant, Gilles Chiori, Jean-Paul Mouren… ainsi que Pascal Bidégorry (4e), Marc Emig (5e), Laurent Pellecuer, Erwan Tabarly, Eric Drouglazet, Charles Caudrelier, Yann Eliès, Gildas Morvan, Samantha Davies, Damien Grimont, Yves Le Blévec, Thierry Chabagny, Arnaud Boissières, Jeanne Grégoire… Ce fut une très, très belle édition !

v&v.com : Et un très beau final !
A.G. : Cela dépend de la manière dont on se place ! J’ai en effet perdu cette Solitaire du Figaro pour 13 secondes dans la dernière étape face à Armel Le Cléac’h ! Pour les spectateurs, c’était génial – pour moi, un peu plus dur à avaler. Mais teminer 2e, c’était déjà un très bon résultat, et gagner une étape, c’était aussi une belle performance. Surtout que cela n’avait pas été simple de participer à cette édition, puisque j’avais chaviré en trimaran avec Ellen MacArthur en équipage au large du Portugal lors de la Mondiale Assistance entre Cherbourg et Rimini : comme il y avait du travail sur le trimaran Foncia, il fallait occuper le marin… Et j’ai ainsi couru La Solitaire avec très peu de préparation !

Alain Gautier-Figaro 20032003, année de déception : pour son retour à La Solitaire sur le nouveau monotype Figaro Bénéteau 2, Alain Gautier s’incline face à Armel Le Cléac’h pour seulement 13 secondes…Photo @ Benoît Stichelbaut (DPPI)

v&v.com : Sous les couleurs de Foncia…
A.G. :
Oui. Je m’étais régalé parce que le parcours était vraiment intéressant (Les Sables D’Olonne-Bilbao-La Rochelle-Dingle-Saint Nazaire), le plateau très relevé et le podium superbe : Armel Le Cléac’h, Alain Gautier, Michel Desjoyeaux ! Et deux saisons plus tard, j'ai «shangaïé» Armel pour qu’il prenne ma suite en multicoque, mais avec Damian Foxall, il a chaviré lors de la Transat Jacques Vabre 2005…

v&v.com : Et tu es revenu sur le circuit ORMA !
A.G. :
Exact car du coup, Armel décide de ne pas faire la Route du Rhum et en 2006, c’est moi qui m’y colle alors que j’avais décidé d’arrêter le solo : ce fut ma dernière course en solitaire.

v&v.com : Et finalement on retrouve Armel en multicoque pour la prochaine Route du Rhum…
A.G. :
Oui, mais ce n’est pas le même bateau et Armel possède maintenant l’expérience de deux Vendée Globe ! Et mener un trimaran ORMA en solo, c’est de la haute voltige alors que sur l’ex-Groupama 3, cela n’a plus rien à voir en termes de stress… C’est physiquement plus dur, mais c’est tout de même moins exigeant mentalement : je comprend tout à fait la démarche d’Armel qui a désormais passé un cap. Souvenons-nous que les ORMA étaient tout de même très particuliers en solitaire puisqu’ils étaient conçus pour un équipage de six à dix personnes : arriver à traverser l’Atlantique en solitaire, c’était déjà un beau truc !

Alain Gautier-Figaro 2014Sous les couleurs de Generali, Alain Gautier avait déjà participé à cinq saisons de Figaro dont sa dernière année en 2003 avec le nouveau monotype encore en lice cette année.Photo @ Jean-Marie Liot

v&v.com : Onze années plus tard, tu reviens sur un Figaro 2 qui n’a pas changé… Le bateau a-t-il pris un coup de vieux ?
A.G. :
C’est le même bateau, mais les voiles ont un peu changé puisque les membranes sont acceptées par la jauge. On ne peut pas tout avoir : le bateau a l’âge de ses artères avec son design, son comportement, ses défauts… mais il a d’énormes qualités parce qu’il est d’abord très fiable, très costaud, simple à mener. Il est moins fun qu’un bateau des lacs suisses, mais ce n’est pas le même programme. Et quand on voit le nombre de milles parcourus, avec des transats tous les ans, le Figaro 2 est probant !

v&v.com : Mais le différentiel vitesse entre les super pros et les amateurs éclairés n’est pas si important…
A.G. :
C’est effectivement moins marqué qu’en Half-Tonner ou en Figaro 1… C’est un bateau qui pardonne plus mais, justement, qui demande une attention de tous les instants – il faut être excellent sur quatre étapes ! Et gagner une manche de La Solitaire, ça a une très grande valeur à mes yeux. Remporter le classement général, c’est super, mais déjà une étape, c’est «bandant» !

v&v.com : Tu as participé à la Solo Maître CoQ aux Sables-d’Olonne. Quelles sont tes impressions ?
A.G. :
C’est une bonne mise en jambe avec 300 milles dans des conditions très variées, avec du petit temps et un beau plateau de 40 bateaux ! Autant de Figaro en régate au mois de mars, c’est une réussite.

Alain Gautier-Solo Maitre Coq 2014Lors de la Solo Maître Coq, Alain Gautier a terminé 14e à une demi-heure du vainqueur, Jérémie Beyou, malgré les conditions météo faibles du parcours.Photo @ Olivier Blanchet

v&v.com : Depuis combien de temps as-tu repris le Figaro ?
A.G. :
Depuis janvier, mais ça n’a pas été facile avec le mauvais temps de cet hiver. Je n’ai pu naviguer que six fois avant cette première course ! Mais j’ai augmenté mon rythme depuis…

v&v.com : Tu as 52 ans… n'est-ce pas trop âgé pour un Figariste ?
A.G. :
Ça pèse, évidemment, mais je ne pouvais plus attendre pour m’y remettre ! Je vais peut-être retrouver Jean Le Cam dans la même fourchette d’âge, mais ensuite il y a les quadras avec Jérémie Beyou, Yann Eliès, Thierry Chabagny, Erwan Tabarly… On sait qu’entre 30 et 40 ans, c’est l’âge idéal pour la navigation en solitaire : expérience, maturité et condition physique sont au top. Mais il y a de plus en plus de jeunes qui vont très bien, comme j’ai pu le constater au départ de Roscoff l’an passé.

v&v.com : As-tu fait des stages à Port-La-Forêt ?
A.G. :
J’ai été admis au Centre, oui. Il y a là un outil incroyable pour s’entraîner, pour apprendre toutes les ficelles du métier très vite, de la météo à la préparation physique. Ça n’a rien à voir avec les années 80-90 ! Un jeune dispose désormais de moyens efficaces pour percer plus vite s’il a du talent.

v&v.com : Un ancien vainqueur du Figaro, du Vendée Globe et de pas mal d’autres courses comme toi, de quels atouts dispose-t-il ?
A.G. :
Face à la génération Beyou-Eliès qui a le Vendée Globe à son actif et bien d’autres courses océaniques, je ne suis clairement pas au niveau, il faut regarder les choses en face ! J’ai arrêté de naviguer pendant un bout de temps, au contraire de Michel Desjoyeaux qui a toujours continué à régater en solo. Je reviens sur le circuit après onze années sans Figaro et je n’ai plus fait de courses en solitaire depuis huit saisons… J’ai navigué en D35, pratiqué un peu de Coupe de l’America, mais ça n’a rien à voir ! Il faut que je travaille pour me rapprocher du niveau des meilleurs spécialistes.

Alain Gautier-Figaro 1997Pour l’édition 1997 de La Solitaire, Alain Gautier, sur un Figaro Bénéteau 1, s’impose lors de la manche Brest-Kinsale, l’une des neuf victoires d’étape du Lorientais depuis 1980 !Photo @ Thierry Bovy (DPPI)

v&v.com : Mais alors, qu’est-ce qui t’a pris de t’engager dans cette galère !?
A.G. :
Je m’étais toujours dit que je referais La Solitaire – ce sera ma seizième participation, de 1980 à 1990 inclus, puis de 1995 à 1997 et en 2003. Ce n’était pas possible pour moi, les années précédentes, et cela sera difficile en 2015-16 – du coup c’était parfait cette saison. Et dix jours après m'être mis dans la tête qu’il fallait que j’y aille, Nicolas Lunven m’a appelé (il m’avait croisé à Roscoff l’été dernier) pour me proposer de prendre son relais, car il voulait participer à la Transat Ag2r, mais pas à La Solitaire cette année.

v&v.com : Vous vous connaissez bien ! Et Generali, c’est aussi un sponsor qui t’a suivi longtemps…
A.G. :
J’ai aidé Nicolas en 2008, puisque je devais refaire La Solitaire, mais comme je suis parti chez Alinghi, Jackie Lorenzetti a accepté Nico sous les couleurs de Foncia et l’année suivante, je lui ai prêté mon Figaro pour qu’il trouve un partenaire, avec lequel il a gagné ! Ce «retour à l’envoyeur» avec un sponsor que j’ai eu pendant cinq ans, c’est génial… Je n’ai quasiment jamais cherché de partenaire financier parce que je ne suis pas bon dans ce secteur, et là encore, c’est royal. Je me sens chanceux.

v&v.com : Deux grands changements pour ce Figaro 2014 – la date (juin au lieu d’août) et le parcours (sans Irlande, ni Espagne)…
A.G. :
C’est très côtier, ce qui est bien pour moi ! Clairement, ce n’est pas le genre de Solitaire que j’apprécie le plus, parce que dans mon histoire, il faut aller en Irlande et en Espagne. Parce que le Figaro, c’est aussi du large avec la traversée de la mer d’Irlande et du golfe de Gascogne. Même si cette année, nous allons virer des marques très loin au large, l’essentiel est tout de même très près des terres. Ce qui fait que ce n’est pas pareil au niveau ambiance aussi : les escales à l’étranger ne sont pas les mêmes qu’en France ! Le fait que la course ait lieu en juin, c’est à la limite plus agréable parce que les nuits sont plus courtes, mais, en même temps que la Coupe de Monde de football, ça ne va pas être facile médiatiquement…

v&v.com : Il y a un troisième élément nouveau, avec l’AIS…
A.G. :
Oui, et ça me chagrine. Parce que la course n’est pas tout à fait la même quand on dispose de cet outil qui permet de suivre en temps réel ce que font les concurrents hors du cercle de visibilité. Cela change le marquage. Et quand Yann Eliès gagne la première étape l’an passé sans ordinateur, c’est aussi bien ! Bon, il faut faire avec son temps – même si ça modifie la donne stratégique.

Alain Gautier-Figaro 1989En 1989, après dix saisons sur le circuit, Alain Gautier remportait enfin La Solitaire du Figaro à bord d’un Half-Tonner armé sous les couleurs de La Concorde.Photo @ Henri Thibault (DPPI)

v&v.com : Depuis la Route du Rhum 2006, qu’as-tu fait ?
A.G. :
J'ai enchaîné sur la Coupe de l’America 2008-2010 avec Alinghi, en 2011 avec Aleph et Bertrand Pacé en AC45. En 2012-13, je me suis plus occupé de ma société avec le trimaran Sensation à Lorient, et j’ai été consultant sécurité du Vendée Globe…

v&v.com : Une participation au Team France du trio Cammas-Desjoyeaux-Kersauson est-elle envisageable ?
A.G. :
Les contacts ont été assez légers pour l’instant. On se connaît, mais j’étais embarqué à l’époque dans un autre projet et il fallait que j’attende une réponse… Et ils n’ont pas forcément besoin de moi !

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