Actualité à la Hune

Solitaire du Figaro 2011 / Eric Bompard

Figaro si, Figaro la…

Quarante-deux ans que le tempo est donné ! La partition est presque toujours la même : quatre étapes, avec au moins deux nuits en mer avant chaque escale, des courants de marée importants, du vent variable de 0 à plus de 40 noeuds, des concurrents toujours à vue, des retournements de situation et un podium toujours aussi difficile à atteindre... Figaro si, Figaro la : musique !

  • Publié le : 29/07/2011 - 05:10

Figaro 2011 : un podium ouvert ! Trois anciens vainqueurs - Lunven en 2009, Beyou en 2005 et Drouglazet en 2001 -, de sacrées pointures - Duthil, Morvan, Chabagny... - et des bizuths dangereux - Ruyant, Lagravière, Goodchild... Ouvert, le podium de la Solitaire 2011 ! Photo © Benoît Stichelbaut (Transat Bénodet-Martinique) Il y a plein de raisons de participer à la Solitaire : pour apprendre, pour le plaisir, pour faire carrière, pour se jauger, pour gagner sa vie, pour se ressourcer, pour se faire mal, pour découvrir le solo... et parfois pour vaincre ! Car il n'y en a qu'un qui ramasse les lauriers au final, la plupart du temps après bien des souffrances, des doutes, des absences, des colères, des rebondissements et des joies intenses. Plus de 1 500 milles en quatre mouvements aussi différents qu'une symphonie de Mahler, avec une entrée en matière qui cueille au ventre, deux thèmes principaux formidables et terribles, et un final qui laisse pantelant.

Fred Duthill, multirécidiviste 3e en 2008 et 2009, 2e en 2007, Fred Duthill, pour sa 7e Solitaire du Figaro, voudrait bien enfin décrocher la première place ! Photo © Thierry Martinez (Sepalumic) Pour cette 42e édition, la nouveauté vient de l'absence d'escale espagnole, ce qui supprime les tapas et les deux traversées du golfe de Gascogne (souvent qualifiées d'étapes de <bourrins>), pour un périple multiple dans les eaux troubles de la Manche.

Et, pour commencer, les 47 prétendants vont devoir avoir les reins solides et un mental d'acier pour décoller dans une petite brise de secteur Nord tournant à l'Est de Perros-Guirec vers Ouistreham, via les bouées britanniques de Hand Deeps (Plymouth) et de Fairway (Needles). Le tout avec 101 de coefficient de marée le lundi 1er août et 102 le mardi...

Il n'y aura donc pas de mise en jambes car si cette étape s'avère la plus courte (320 milles), elle s'annonce comme la plus longue en temps et très certainement comme la plus définitive pour le classement final : se rater sur cette manche ne permettra pas de retour et celui qui prendra une heure de retard aura bien du mal à assumer psychologiquement sur les trois étapes suivantes !

Tout est dans la tête

Car là est bien le problème, sur cette course en solitaire où le niveau des participants est désormais tel que le différentiel se fait essentiellement sur l'ascendant psychologique. Les monotypes sont définitivement identiques, les bateaux sont tous préparés parfaitement, les coureurs ont presque tous engrangé des entraînements depuis l'hiver dernier dans toutes les conditions au sein de centres de formation, et seules les voiles peuvent donner un petit plus dans certaines situations...

Le départ de Perros-Guirec va donc être fondamental pour s'extirper rapidement du piège des Sept-Iles en évitant de mouiller dans une brise annoncée entre 3 et 10 noeuds : rater le wagon, c'est déjà prendre le train suivant et s'il peut y avoir une compression aux abords des côtes anglaises, il est plus probable qu'il y aura une <rame> supplémentaire à Star Point et une autre encore au large de l'île de Wight.

Thierry Chabagny, 10e participation Ayant fini 2e en 2006, et avec déjà 9 Figaro derrière lui, Thierry Chabagny fait partie des costauds, qui plus est capables d'une option radicale - à surveiller ! Photo © Benoît Stichelbaut (Gedimat) Avec plus de 100 milles à tirer des bords au pied des falaises de la Cornouaille britannique, il va y avoir des écarts colossaux entre la tête et la queue, et probablement de petits groupes de trois à six solitaires qui se croiseront au fil des bascules de vent dues aux effets côtiers et thermiques. Car la météo prévoit que l'anticyclone des Açores que tous les vacanciers attendent depuis un mois s'installe enfin, ce qui génèrera un grand soleil, de belles températures et par-là même des brises de chaleur, voire un bon brouillard comme la Manche affectionne en été !

Du petit temps, du près, de la chaleur : toutes les conditions sont donc réunies pour que cette première étape soit très dure à vivre quand un navigateur va constater que les leaders ont pris la poudre d'escampette. Il est à prévoir que plus de la moitié de la flotte sera plombée dès l'arrivée à Ouistreham et ne se relèvera pas mentalement. Et pourtant, il restera plus de 1 300 milles pour en finir ! Car même si chaque solitaire part avec des objectifs précis, il est particulièrement difficile de rebondir après avoir pris une <claque> : le vainqueur de cette édition (probablement l'une des plus dures depuis l'adoption du Figaro Bénéteau 2) sera sans doute l'un des trois à monter sur le podium de cette première étape.

Bretagne-Crédit Mutuel et ses deux skippers Les deux skippers de Bretagne-Crédit Mutuel, Espoir - Anthony Marchand - et Performance - Thomas Rouxel, qui a enlevé la Transat Bénodet-Martinique après le déclassement de Nicolas Lunven. Photo © Alexis Courcoux (Bretagne-Crédit Mutuel) Car la suite est assez classique avec une sortie de Manche et une traversée de la mer d'Irlande pour la deuxième étape vers Dùn Laoghaire (470 milles) avec de petits coefficients de marée.

Puis une longue descente plein Sud vers l'île de Sein à laisser à bâbord (beau passage à niveau !) avant Les Sables-d'Olonne (475 milles). Il n'y aura probablement pas beaucoup de retournements de situation en tête de peloton, et c'est donc sur la dernière manche, entre la ville du Vendée Globe et Dieppe (430 milles) que devraient se départager les quelques leaders qui auront scoré à la première étape... Parce qu'il y aura aussi une pointe de Bretagne à contourner (raz de Sein, chenal du Four) et une pointe du Cotentin à parer (raz Blanchard et Barfleur) !

Il faut tenir le rythme et la pression pendant un mois

Alors, dans ce panel très varié de concurrents, qui peut l'emporter ou à tout le moins prétendre au podium ? Depuis vingt ans et l'adoption d'un monotype pour la Solitaire (Figaro 1 en 1990, Figaro 2 en 2003), aucun novice n'a remporté l'épreuve : même si certains bizuths comme Alexis Littoz-Baritel, Morgan Lagravière ou Thomas Ruyant ont de la bouteille et une grosse expérience de la compétition, il y a peu de chance qu'ils s'imposent - même s'ils peuvent faire un coup d'éclat sur une étape.

Car là est bien la difficulté : il faut tenir le rythme et la pression pendant près d'un mois, autant en mer qu'à terre ! Du côté de ceux qui ont déjà participé une fois, ils sont quatre à pouvoir briller, à l'image du Portugais Francisco Lobato, d'Anthony Marchand, de Paul Meilhat ou de Yoann Richomme, mais de là à inscrire son nom au palmarès, il y a un pas, voire un grand écart... Le danger viendrait plutôt des <nouveaux> récidivistes comme Fabien Delahaye, fort de sa transat en double avec Armel Le Cléac'h et de ses podiums sur la Cap Istanbul et sur la Transat Bénodet-Fort de France, d'Adrien Hardy vainqueur d'étape l'an passé, ou d'Erwan Tabarly qui affectionne les podiums sur les longues distances.

Thomas Ruyant, bizuth de choix Après avoir gagné la Transat 6.50 en Mini, la Route du Rhum en Class40, Thomas Ruyant (Destination Dunkerque), bizuth de la Solitaire, espère bien un jour s'imposer en Figaro ! Photo © Jean-Marie Liot (Dunkerque)

FIGARO : LE PARCOURS 2011
Etape 1 (31 juillet) : Perros-Guirec / Caen Ouistreham (320 milles)
Etape 2 (7 août) : Caen Ouistreham / Dùn Laoghaire (470 milles)
Etape 3 (14 août) : Dùn Laoghaire / Les Sables-d'Olonne (475 milles)
Etape 4 (21 août) : Les Sables-d'Olonne / Dieppe (430 milles)
Deux solitaires sont aussi capables d'un coup d'éclat tels Thierry Chabagny et Jean-Pierre Nicol, car ils ont le <courage> de tenter des options radicales sans faillir psychologiquement, ce qui peut être redoutable sur la première étape en particulier.

Reste enfin deux anciens vainqueurs : Nicolas Lunven et Jérémie Beyou, qui ont le profil type pour ce parcours très tactique et qui ont le mental pour s'accrocher jusqu'au bout. Ainsi que deux autres habitués du Figaro qui ont déjà flirté avec la victoire mais à qui il a manqué le zeste de la chance : Gildas Morvan, trop souvent au pied de la plus haute marche, et Frédéric Duthil, bretteur impitoyable.

Alors dans cet orchestre de 47 solistes, difficile de prédire qui donnera la cadence et tiendra la baguette de chef de file, mais on peut d'ores et déjà dire que ceux qui sortiront en tête au petit matin blafard du lendemain du départ de Perros-Guirec (dimanche 31 juillet) auront pris une belle option sur la victoire. Après, il <suffit> de suivre le tempo des bascules, de bien connaître son solfège, d'être en harmonie avec son bateau pour décrocher la clé du succès !

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ILS ONT DIT

> Gildas Morvan, 15 Figaro déjà au compteur !
<Le parcours de cette édition est super dur, super technique, super compliqué ! D'ordinaire, on a le bonheur de jouer avec la dorsale du golfe de Gascogne et d'aller vers le soleil d'Espagne. Pas cette année. Là, il y a beaucoup de côtier ,notamment en Manche le long de l'Angleterre, et il faudra remonter jusqu'à Dublin. Algues, courants, trafic et cailloux au programme... on ne va pas beaucoup dormir ! Je ne sais pas où on va pouvoir prendre des plages de récupération, d'ailleurs. J'espère qu'on arrivera à trouver du plaisir, mais ce qui est sûr, c'est qu'il va falloir aller au charbon.>

Desjoyeaux et Le Cléac’h : deux vainqueurs en observateur Michel Desjoyeaux et Armel le Cléac'h - deux anciens vainqueurs du Figaro - se sont retrouvés à bord du 60' IMOCA Banque Populaire pour une sortie de mise en main. , dixit Mich'Desj'. Photo © Bernard Bilzic > Armel Le Cléac'h, vainqueur en 2003 et en 2010 et absent cette année
<Il n'y a pas d'escale espagnole et ça change pas mal de paramètres ! Il y a beaucoup de navigations en Manche, ce qui n'est pas le plus facile... Je ne sais pas où les solitaires vont pouvoir dormir. Il y a un très beau plateau de bizuths et pour la gagne, il y a cinq à six vrais prétendants avec une grosse expérience. Mais au Figaro, on voit vite qui joue la victoire à l'issue de la première étape, qui s'avère très technique en plus cette année.>

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FIGARO 2011 : LES 47 SKIPPERS

> Les anciens vainqueurs
Nicolas Lunven : 5e participation, 1er en 2009
Jérémie Beyou : 12e participation, 1er en 2005
Eric Drouglazet : 19e participation, 1er en 2001

> Les anciens podiums
Frédéric Duthil : 8e participation, 2e en 2007, 3e en 2008, 3e en 2009
Gildas Morvan : 16e participation, 3e en 1999, 3e en 2000, 3e en 2001, 2e en 2008
Thierry Chabagny : 10e participation, 2e en 2006

> Les récidivistes
Jean-Paul Mouren : 25e participation
Laurent Pellecuer : 15e participation
Erwan Tabarly : 11e participation
Romain Attanasio : 9e participation
Jeanne Grégoire : 9e participation
Marc Emig : 7e participation
Alexis Loison : 6e participation
Thomas Rouxel : 6e participation
Michel Bothuon : 5e participation
Laurent Gouezigoux : 5e participation
Jean-Charles Monnet : 5e participation
Jean-Pierre Nicol : 5e participation
Eric Péron : 5e participation
Adrien Hardy : 4e participation
Isabelle Joschke : 4e participation
Nicolas Jossier : 4e participation
Frédéric Rivet : 4e participation
Etienne Svilarich : 4e participation
Vincent Biarnes : 3e participation
Fabien Delahaye : 3e participation
Matthieu Girolet : 3e participation
Arnaud Godard-Philippe : 3e participation
Nigel King (GBR) : 3e participation
Louis-Maurice Tannyères : 3e participation
Damien Guillou : 2e participation
Sam Goodchild, espoir britannique Le plus jeune concurrent de cette 42e édition est le Britannique Sam Goodchild, 21 ans : Photo © Bernard Bilzic Loïc Le Garrec : 2e participation
Yannig Livory : 2e participation
Francisco Lobato (POR) : 2e participation
Anthony Marchand : 2e participation
Paul Meilhat : 2e participation
Yoann Richomme : 2e participation

> Les novices
Charlie Dalin
Sam Goodchild (GBR)
Conrad Humphreys (GBR)
Morgan Lagravière
Alexis Littoz-Baritel
Xavier Macaire
Sébastien Picault
Thomas Ruyant
Phil Sharp (GBR)
David Sineau

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