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40 ans de la Solitaire du Figaro / Interview (3)

Sébastien Josse : «C’est là où l'on pleure, là où l'on rit !»

Cinquième du Vendée Globe 2005, contraint à l'abandon en 2008 au large de la Nouvelle-Zélande, Sébastien Josse, 35 ans, n'a pas eu plus de chance cet hiver sur la Transat Jacques Vabre, sa dernière course en 60 pieds monocoque. Grosse tempête au nord des Açores, rouf arraché, bateau rempli d'eau et hélitreuillage pour Jean-François Cuzon et lui. Le bateau sera sauvé et revendu à Roland Jourdain. Du coup, "Jojo" revient à ses premières amours, la Solitaire du Figaro, avec un nouveau sponsor, la Vendée... Interview.

  • Publié le : 12/07/2010 - 06:31

Sébastien Josse de retour en Figaro Malgré sa longue absence du circuit, Sébastien Josse fait partie des favoris de la 41e édition de la Solitaire du Figaro. Photo © Loïc Le Bras voilesetvoiliers.com : Pourquoi reviens-tu sur le circuit Figaro ?*
Sébastien Josse : Parce que j'ai commencé par là. C'est un peu mes amours de jeunesse. Des bateaux simples, la monotypie, un plateau toujours élevé... Pas mal d'anciens vainqueurs y reviennent. C'est pour se remettre le pied à l'étrier.

v&v.com : C'est un retour aux sources par défaut, en l'absence de projet de monocoque 60 pieds ?
S.J. : Non, ça fait pas mal d'année que j'avais envie de refaire le Figaro. Mais ça ne collait pas très bien avec les sponsors, ou ils ne voulaient pas le faire, ou bien le calendrier n'était pas adéquat. C'est un retour aux sources car je prends beaucoup de plaisir. Gérer un Figaro, c'est quand même beaucoup plus simple que de gérer un 60 pieds. Je navigue plus. Et si je trouve un budget pour le Vendée Globe, je retournerai faire du 60 pieds. Mais je crois que les deux ne sont pas incompatibles. Michel Desjoyeaux, Armel Le Cléac'h et Kito de Pavant le prouvent...

v&v.com : Est-ce dur de retrouver ses repères sur le circuit, après huit ans d'absence, et qui plus est sur un nouveau bateau que tu ne connais pas ?
S.J. : C'était ma grande interrogation avant de m'y remettre. En fait, quand on a les bases, ça va. Les automatismes reviennent. Par contre, faut s'entraîner, c'est sûr. Mais c'est un peu comme le vélo, on n'est pas trop à l'aise au début, et puis ça revient vite. Sur les deux premières épreuves de la saison, cela s'est bien passé. Sur la Solitaire, ce sera peut-être autre chose...

v&v.com : Ta quatrième place sur la Quiberon Solo, mi-juin, t'a donc rassuré ?
S.J. : Oui, ça m'a rassuré, parce que quand on écoute tout le monde, il y a les épouvantails de la série. C'est vrai que Gildas Morvan n'est pas indétrônable, mais pas loin ! Après, la jeune génération, Gabart, Lunven, Delahaye, je ne les connaissais pas trop. Là, c'était l'occasion, en tant qu'ancien, de voir où je me situais dans la série. Savoir si on est vraiment à la rue, ou pas. A Quiberon, il y a avait des parcours banane, des petits côtiers. Et visiblement, je ne suis pas complètement rouillé...

v&v.com : Quel est ton objectif sur cette Solitaire ?
S.J. : C'est toujours compliqué sur la Solitaire. L'objectif est de bien figurer. J'ai un bon budget, un bon bateau. J'ai pu m'entraîner. Je suis super motivé. J'y vais pour jouer aux avant-postes, pour faire un résultat. Je serais content de finir dans le Top 5. Mais si c'est un Top 10, ce n'est pas grave.

Josse, skipper Vendée Nouveau partenaire pour Sébastien Josse qui, sous les couleurs de la Vendée, retrouve le circuit Figaro quitté en 2002. Photo © Jean-Marie Liot (DPPI)

v&v.com : Et parmi tes adversaires, quel est ton favori ?
S.J. : Pfff, je ne fais pas de pronostic. Tu vois, Gildas, ça fait dix ans qu'il court après sans la gagner, et pourtant on peut dire qu'il domine. Fred Duthil est hyper rapide, et pourtant il ne la claque pas non plus. La magie de la Solitaire, c'est que c'est un classement par temps et qu'il y a une part de réussite. Chaque année, il y a un mec qui a le feeling et qui met tout le monde d'accord. Les pronostics sont trop difficiles. Le plateau est trop relevé.

v&v.com : Tu as déjà couru en Mini, en Figaro, disputé le Vendée Globe, la Volvo Ocean Race, remporté le Trophée Jules Verne... Quelle course ou support que tu n'as pas encore pratiqué t'attire ?
S.J. : Il y en a deux. Le multi. J'en ai fait qu'un peu. Le multi pourrait être une prochaine étape. Le MOD 70 me paraît assez intéressant. Et puis il y a la Coupe de l'America, même si si ce n'est pas du tout ma spécialité. Mais j'ai le temps. D'abord, je voudrais finir les dossiers que j'ai entrouverts. C'est-à-dire refaire le Vendée Globe.

v&v.com : A propos de Coupe de l'America, tu avais participé il y a deux ans à une conférence de presse commune avec Sébastien Col, le barreur de K-Challenge (aujourd'hui All4One). Où en est ce rapprochement avec l'ex-K Challenge ?
S.J. : Eh bien, c'était à la fin de la 32e Coupe, tout ce petit monde était en effervescence. Ensuite, on sait ce qu'il s'est passé (le duel Oracle vs Alinghi, ndlr). Cela a un peu ralenti toute cette histoire. On est toujours en contact avec Stéphane Kandler. Mais aujourd'hui, on ne sait toujours pas sur quel type de bateau cela va se courir, ni où, ni avec quelles règles ! On verra bien. Mais ce n'est pas ma priorité.

Dernière course sur son 60 peds Sébastien Josse (ici sur son ex-60 pieds BT avec Jeff Cuzon au départ de la dernière Transat Jacques Vabre) aimerait retrouver un budget pour tenter un troisième Vendée Globe consécutif après sa 5e place en 2004-05 et son abandon en 2008-09 au large de la Nouvelle-Zélande. Photo © Thierry Martinez (Sea&Co)

v&v.com : Quels sont tes prochains projets justement ?
S.J. : D'abord le Figaro, après j'ai deux-trois pistes pour faire autre chose. Mais ma priorité, c'est de trouver un budget avant la fin de l'année pour refaire le Vendée Globe. Si je n'y arrive pas, j'irai sur mes autres pistes et on ne me verra peut-être pas sur le prochain Vendée Globe.

v&v.com : La Solitaire du Figaro fête ses 40 ans cette année. Que représente cette course pour toi ?
S.J. : C'est une valeur sûre. C'est l'école de la course au large. C'est là où on pleure, là où on rit. Tous les plus grands sont passés par là. On court après un truc qu'on n'arrive parfois jamais à avoir. C'est une course formatrice. Tous les skippers ont dû se taper une crise de nerfs ou tomber un jour dans le coma parce qu'ils étaient trop fatigués. C'est parfois hyper injuste, hyper ingrat. Ça forme le caractère. Quand tu arrives dans le Top 5 en Figaro, c'est que tu as une façon de fonctionner, de t'entraîner qui prouvent que tu peux être considéré comme un professionnel. C'est ça qu'on vient chercher sur la Solitaire.

*Cinq participations à la Solitaire du Figaro de 1998 à 2002 : 22e, 20e, 14e, 2e et 11e.

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