Actualité à la Hune

L'analyse de Dominic Vittet

Pression pour Le Cléac'h, espoir pour Thomson

Comme nous vous l’annoncions mardi dernier, les deux hommes forts de ce huitième Vendée Globe se débattent dans une zone de transition mal ventée dont ils ne sortiront que ce samedi après-midi. En chasseur, Alex Thomson réduit l'écart (50 milles de moins en 24 heures) et devient de nouveau menaçant pour Armel Le Cléac'h, 124 milles en distance au but les séparant ce matin à 5 heures. Alors que le vainqueur est attendu jeudi 19 janvier aux Sables-d'Olonne, l'arrivée s'annonce brûlante et moins de deux heures d'écart pourraient séparer les deux monocoques. Désormais, il suffirait d'un rien pour que tout bascule. Analyse de la situation.
  • Publié le : 14/01/2017 - 07:04

Alex ThomsonAlex Thomson dans la position du chasseur. Tout à gagner, rien à perdre. Ce week-end sera crucial !Photo @ Alex Thomson /Hugo Boss/Vendée Globe
Ayant butté en premier hier midi dans la zone de calme, Armel Le Cléac’h (Banque Populaire) a logiquement vu son avance fondre comme neige au soleil : 50 milles de perdus en 24 heures.
Décalé plus à l’Est que son poursuivant, et quitte à perdre quelques milles supplémentaires, le stratège espère sans doute une sortie de ce marasme plus rapidement dans l’après-midi de dimanche. En relâchant momentanément le marquage strict de son adversaire qui progressait dans l’Ouest, le leader a pris un risque. Il touchera sans doute du vent frais dès la sortie des calmes et se reconstituera un matelas de sécurité pour aborder la suite du parcours plus sereinement. De toute façon, il lui est impossible de contrôler toutes les routes, a fortiori quand il s’agit de mettre dans la boîte un Alex Thomson près à tout pour renverser la table.

En se décalant ainsi dans l’Ouest, le skipper d’Hugo Boss a échappé momentanément aux griffes du chacal finistérien. Petite ouverture, grand espoir. C’est le moment de tenter quelque chose. Certes, il touchera les vents de Sud Est un peu plus tard que Banque Populaire qui ferait mine de se faire la belle. Mais si, avec son Hugo Boss, véloce dans les petits airs, il se maintient à moins de 150 milles du tableau arrière de Banque Populaire jusqu’à demain matin, tout reste jouable !
Et son angle d’attaque dans le vent de Sud Est annoncé ce week-end sera meilleur.

samedi 14 janvierRond rouge : la position des deux bateaux ce samedi matin à 6 heures. Après la traversée de la zone de transition, les deux skippers vont foncer dans des vents forts de Sud–Sud-Est puis rencontrer une zone de calme au large de la Bretagne.Photo @ Dominic VittetEntre dimanche midi et mardi midi, appuyé sur son foil valide, dans une brise soutenue de 30 à 40 nœuds et progressant à des vitesses comprises entre 20 et 25 nœuds, Hugo Boss n’aura plus d’autre alternative que de cracher ses tripes s’il veut garder une infime chance. Une folie pour le matériel après plus de 25 000 milles de course et des fibres de carbone au bout du rouleau. Mais que ne ferait-il pas pour la victoire ?

Dans ce sprint de cinglés, les bateaux et les hommes vont tout donner en passant dans les parages de l’Archipel des Açores entre dimanche soir et lundi : la moindre manœuvre ratée, la plus petite casse ou la faute d’inattention seraient la fin du match.

L’ultime piège !

Pour le Breton qui continue à faire la course en tête, la route vers les Sables n’est décidément pas un long fleuve tranquille. Un ultime piège se profile à l’horizon !
Une zone de calme au large de la Bretagne vient lui barrer la route dans la nuit de mardi à mercredi. Échauffement des neurones et sueurs froides en perspective pour les deux skippers et leurs équipes.
Si Armel sort en tête dans les vents de Nord Est qui souffleront sur le golfe de Gascogne, il filera cette fois-ci enfin vers la victoire. À condition que l’épouvantail noir ne soit pas revenu au contact dans la brise de Sud et ne lui chipe la primeur de cet avantage…

Banque Populaire VIIIEntre demain et mardi, Armel Le Cléac'h naviguera dans une brise soutenue entre 30 et 40 noeuds. Gare au matériel en fin de course !Photo @ Vincent Curutchet Vincent Curutchet/Banque Populaire

À potentiel égal, Armel gagnerait logiquement en Vendée avec 2 à 4 heures d’avance sur son dauphin.
Pour l’emporter, Alex doit naviguer 4 à 5 % plus vite, une performance dont son bateau est a priori capable dans certaines conditions. Voilà un mois qu’il s’acharne à repousser toujours et encore le couperet d’une deuxième place si belle mais qui tomberait inexorablement dans les oubliettes de l’histoire.

Pour chacun des deux marins, la gloire ne tient plus qu’à un fil !


(Cette nouvelle analyse matinale est signée Dominic Vittet. Durant tout le Vendée Globe, l’ancien vainqueur de la Solitaire du Figaro, champion de France solitaire ou champion du monde Class40 – entre autres – devenu analyste météo et routeur, nous livre son analyse de l’évolution de la course.)

Classement samedi 14 janvier à 5 heures

1.       Armel Le Cléac’h (Banque Populaire VIII),  à 1 706 milles de l'arrivée
2.       Alex Thomson (Hugo Boss), à 124 milles du premier
3.       Jérémie Beyou (Maître CoQ) à 602 milles       
4.       Jean-Pierre Dick (StMichel-Virbac), à 1 097 milles
5.       Yann Eliès (Quéguiner-Leucémie Espoir), à 1 320 milles
 

Classements et positions live ici : cartographie du Vendée Globe.