Actualité à la Hune

Trophée des Multicoques

Erwan Le Roux : «Aujourd’hui, on ne reviendrait pas en arrière»

A partir de ce vendredi et jusqu’à dimanche, les Multi50 ont rendez-vous à Saint-Quay-Portrieux pour la 7e édition du Trophée des Multicoques. Au menu : des parcours côtiers en baie de Saint-Brieuc et quelques runs si les conditions météo le permettent. L’occasion pour les cinq équipages en lice de valider les modifications apportées lors des chantiers d’été une dernière fois en mode «course» avant le coup d’envoi de la Transat Jacques Vabre, en novembre prochain. L’opportunité aussi de continuer d’explorer le potentiel des machines désormais équipées de foils, mais aussi de tester les limites à ne pas dépasser avec ces nouveaux appendices. Le point avec Erwan Le Roux, le skipper de FenêtréA-Mix Buffet, triple vainqueur de l’épreuve (en 2013, 2014 et 2015).
  • Publié le : 24/08/2017 - 15:30

Erwan Le RouxErwan Le Roux sur FenêtréA-Mix Buffet est au départ de la 7e édition du Trophée des Multicoques. Le skipper est aujourd'hui l'homme à battre en Multi50.Photo @ Jean-Marie Liot/FenêtréA-Mix Buffet
Voilesetvoiliers.com : Cette année, vous avez installé des foils sur votre bateau. Qu’est-ce que cela a changé dans votre façon de naviguer et dans la conduite du bateau ?
Erwan Le Roux :
Concrètement, le bateau va plus vite. Le flotteur s’enfonce moins dans l’eau, du coup, on a tendance à vouloir pousser un peu plus les limites de range des voiles. Aujourd’hui, sur mer plate, on atteint des vitesses assez folles pour nos machines. A certains angles, on est à plus cinq nœuds en moyenne. C’est énorme ! C’est bien plus que ce qu’on imaginait au départ, notamment à toutes les allures comprises entre 90 et 120 ° du vent. En découvrant les foils l’hiver dernier, certains étaient franchement sceptiques, trouvant les pièces un peu petites et imaginant qu’elles ne serviraient pas à grand-chose. Forcément, on en est venu à douter à certains moments. On s’est posé des questions. On s’est demandé si on avait été assez loin, si ça allait suffire, et si ça allait être réellement mieux. Au final, on est bien, et même au-delà de ce qu’on avait prévu. Cela étant dit, tout ça pose d’autres problèmes. Les anciens bateaux n’ont pas été calculés pour atteindre des vitesses aussi élevées. Peut-être que ça va tenir, peut-être que non. Aujourd’hui, on ne sait pas réellement. Dans ce type de cas, le test grandeur nature, c’est une traversée de l’Atlantique. On verra bien ce qui se passera lors de la Transat Jacques Vabre. La vraie réussite, ce sera d’avoir des bateaux avec des foils à l’arrivée, au Brésil.

FenêtréA-Mix BuffetLa nouvelle robe du trimaran FenêtréA-Mix Buffet est apparue fin Juillet 2017. C'est sous ses nouvelles couleurs qu'il dispute le Trophée des Multicoques. Photo @ Team FenêtréA-Mix Buffet
Voilesetvoiliers.com : On imagine que les problèmes auxquels vous êtes confrontés sont des problèmes de structures ?
E.L.R. :
En effet. Le foil marche aussi comme un accélérateur. Il faut donc bien évaluer le moment où l’on peut mettre le pied sur l’accélérateur sans mettre en danger la structure du bateau. Cela étant dit, en Multi50, c’est un problème auquel on a toujours été confronté, même avant l’arrivée des foils. Le truc, c’est que cette fois, on va peut-être encore repousser les limites. Est-ce que dans une mer un peu formée, le bateau est plus aérien ? Voilà une question que tout le monde se pose. L’épreuve de la transat va être nécessaire car, finalement, on n’est jamais aussi bien qu’au mois de novembre dans la «braffougne» pour avoir des réponses. Bien sûr, nos bateaux restent des multicoques et la sanction, si les limites sont poussées trop loin, reste le chavirage. Comme hier, aujourd’hui, il faut toujours avoir l’écoute à la main. Il y a, malgré tout, des petites choses qui changent. Un exemple ? Avant, quand je voulais abattre pour rouler mon solent ou ma trinquette, je remplissais mon ballast. Maintenant, je mets le foil. Du coup, la manœuvre est plus facile parce que je n’ai plus besoin d’enfoncer le flotteur dans l’eau. C’est un peu plus sécuritaire,  q
uelque part. De ce point de vue, c’est plutôt pas mal. Clairement aujourd’hui, on ne reviendrait pas en arrière, c’est sûr.

FenêtréA-Mix BuffetFenêtréA-Mix Buffet a été remis à l'eau le 28 juillet à la La Trinité-sur-Mer. L'objectif majeur de la saison est la Transat Jacques Vabre.Photo @ Team FenêtréA-Mix Buffet

Voilesetvoiliers.com : Avec les quelques mois de recul que vous avez aujourd’hui sur les foils, voyez-vous déjà une certaine évolution à venir ?
E.L.R. : Au sein de la classe, on a décidé de bloquer la jauge jusqu’à la Route du Rhum 2018. On ne va donc rien modifier avant ça, sinon organiser quelques aménagements et un peu mieux réécrire la jauge. Par ailleurs, je serais bien prétentieux de dire comment les choses vont évoluer ou d’annoncer que l’on va mettre des mâts qui basculent, des foils en L et des plans porteurs à l’arrière… Non, ce n’est pas comme ça. On a mis en place des foils et on en discute avec les copains de la classe avec le souci de ne pas rendre obsolètes les bateaux qui sont en train d’être fabriqués. Pour être clair, il n’y aura pas de changement fondamental dans l’immédiat. J’entends par-là qu’on n’a pas les moyens de faire du développement pour faire voler nos bateaux même si, aujourd’hui, n’importe quel architecte va dire que n’importe quel Multi50 est capable de voler. J’en suis moi-même persuadé. D’ailleurs la dernière édition de la Coupe de l’America s’est faite en 50 pieds, ce n’est pas pour rien. La taille du bateau est bonne car elle affiche un excellent rapport poids-puissance. Le problème, pour faire voler nos machines, c’est évidemment le coût et aujourd’hui, ce n’est pas possible. Si on part là-dedans, on tue notre classe. A l’heure actuelle, aucun team Multi 50 n’est capable de fournir la R&D que cela implique, et quand je dis ça, je parle bien de sécurité des bateaux et des hommes. Pour faire voler un bateau en solitaire et dormir sur ses deux oreilles, ça demande un certain développement, et surtout un énorme investissement. Ce qui se passe actuellement en Ultime, c’est génial. Quand je vois les bateaux qui sont mis à l’eau, ça me fait rêver. Ça m’étonne autant que ça m’intéresse. Je trouve les machines incroyables, et en même temps, je me dis  «attends, si le truc, à 40 nœuds, tape un OFNI et perd son safran arrière, comment ça se passe ?». Je me pose la question même si, je le répète, c’est génial ! Ça fait avancer. Reste que si en Multi50 on rajoute plus 400 000 euros à nos budgets, on passe au million d’euros. Ça je le répète encore, ce n’est pas possible. Peut-être qu’à l’horizon 2022, on pourra faire évoluer la jauge parce que les Ultimes auront fiabilisé un système qu’on pourra adapter aux Multi50. Peut-être qu’on avancera par petites touches, en passant d’abord par des plans porteurs sur les safrans ou de la portance sur les dérives… En attendant, je pense que ça pose un problème de sécurité réel. Quand tu vois ce qui peut se passer en Flying Phantom… On veut essayer de bien faire les choses et rester le plus démocratique possible.

FenêtréA-Mix BuffetFenêtréA-Mix Buffet a été le premier Multi50 (avec Réauté Chocolat) à être équipé des foils monotypes imaginés pour la classe.Photo @ Jean-Marie Liot/FenêtréA-Mix Buffet
Voilesetvoiliers.com : Aujourd’hui, le niveau est à la fois plus homogène et plus élevé. Pour vous, cela doit être une vraie satisfaction ?
E.L.R. :
Ces dernières années, on s’est bien bataillé avec Lalou (Roucayrol) et Gilles (Lamiré) mais aujourd’hui, ça fait du bien de voir des nouvelles têtes et de nouveaux partenaires sur le circuit. Armel Tripon, qui régate avec l’ancien Actual qui porte désormais les couleurs de Réauté Chocolat, s’est trouvé tout de suite à l’aise. Ça prouve une chose. C’est qu’actuellement, la classe Mulit50 est hyper accessible et que les bateaux sont finalement assez simples. Ça montre aussi qu’on peut être compétitifs hyper rapidement. Tout cela provoque des régates très disputées. A Saint-Quay-Portrieux, ce week-end, ça va à coup sûr être de nouveau le cas. Evidemment, on a aussi hâte d’être en 2018 pour accueillir les bateaux neufs et avoir encore plus de match.

 

Les participants au Grand Prix

1.Réauté Chocolat - Armel TRIPON
2.Drekan Groupe - Éric DEFERT

3.La French Tech Rennes Saint-Malo - GILLES LAMIRE
4.ARKEMA - Lalou ROUCAYROL
5.FenêtréA-Mix Buffet - Erwan LE ROUX