Actualité à la Hune

TRANSAT AG2R LA MONDIALE

Ce n’est qu’un au revoir, Monsieur Breton

Il incarnait cette course imaginée avec complicité avec François-Xavier Dehaye depuis 1992, année de la création de la désormais emblématique transat en double à armes égales. Désormais à la retraite, Yvon Breton revient pour nous sur les belles années de la Transat AG2R La Mondiale, où l’humain reste encore la valeur primordiale. Ce qui en fait tout son charme.
  • Publié le : 21/05/2018 - 00:01

Yvon Breton et Alexis LoisonYvon Breton, ici avec à sa gauche Alexis Loison, a toujours eu énormément d’affection pour les marins. Il a toujours vécu intensément «sa» Transat AG2R La Mondiale.Photo @ Alexis Courcoux/Transat AG2R La Mondiale
Voilesetvoiliers.com : Voilà une jolie page qui se tourne…

Yvon Breton : Cela me fait rajeunir de 27 ans d’un coup, votre question. Au début des années 90, j’avais proposé au conseil d’administration de l’AG2R d’avoir une stratégie de communication au travers du sport. Notre notoriété existait vis-à-vis des entreprises mais était très faible auprès du grand public. A l’époque, j’avais identifié deux sports où le spectacle était gratuit : la voile et le cyclisme. Un certain François-Xavier Dehaye était venu me présenter un projet de course à la voile qui n’existait pas : une transatlantique en monotypie. En tant qu’assureurs de personnes, la sécurité avait beaucoup de sens à nos yeux, tout comme l’esprit d’équipe et la solidarité. J’ai donc proposé que l’épreuve se déroule en double. Et c’est ainsi que l’histoire de la Transat AG2R La Mondiale a commencé.

Voilesetvoiliers.com : Quel monde avez-vous découvert lors de la première édition ?
Y. B. :
Je n’étais pas voileux. Pour cette première, en 1992, la course est partie de Lorient en octobre vers Saint-Barthélemy. Depuis, elle part de Concarneau et se déroule au printemps, le golfe de Gascogne étant théoriquement plus praticable à ce moment-là. J’ai découvert des sportifs très attachants, accessibles et surtout disponibles vis-à-vis du public à l’arrivée, même après trois semaines de course intense – et avec un duo vainqueur formé par Michel Desjoyeaux et Jacques Caraës qui nous a donné de suite la visibilité dans notre engagement dans le sport. Cela a été déterminant pour moi pour que l’aventure prenne place tous les deux ans. La course était bien née. D’autant plus que l’édition suivante a été exceptionnelle avec une arrivée de nuit sous les grains qui, aujourd’hui encore, détient le record du plus petit écart entre les premiers. Ces fameuses 63 secondes entre les tandems Alain Gautier-Jimmy Pahun et Jean Le Cam-Florence Arthaud.

Breizh ColaLes skippers, des premiers aux derniers, ont toujours été accueillis chaleureusement par l’ancien (désormais) directeur général délégué du groupe AG2R La Mondiale. Ici Gildas Mahé et Nicolas Troussel (Breizh Cola), troisièmes de cette 14e édition.Photo @ Alexis Courcoux/Transat AG2R La Mondiale
Voilesetvoiliers.com : La compétition à la voile met aussi en avant certaines valeurs…
Y. B. :
Celles que doit avoir un assureur de personnes qui doit être tourné vers la performance pour servir ses clients en termes de produits et de services. Mais également la solidarité en les accompagnant au mieux dans leur protection sociale et financière. Si aujourd’hui, un Français sur quatre a un contrat AG2R La Mondiale, soit quinze millions de personnes, c’est probablement qu’elles y trouvent une certaine résonance correspondant à leurs attentes. Je dis merci au sport. Comme nous avons beaucoup reçu de la voile, la meilleure façon de remercier était de rester fidèle et c’est pourquoi nous en étions cette fois-ci à la 14e édition.

Voilesetvoiliers.com : L’histoire de cette course ne pouvait pas s’arrêter ?
Y. B. : La vie est faite de challenges, c’est cela qui doit nous guider. Je n’ai pas été déçu. Comme j’étais également responsable du contrôle de gestion, il fallait mesurer en permanence le retour sur investissement, car tout se mesure. Nous avons d’ailleurs donné 1,2 million d’euros à la société organisatrice OC Sport Pen Duick pour cette édition – le taux de notoriété et les équivalents en termes d’achat d’espaces publicitaires. Il faut savoir aussi comment cela fonctionne en interne car c’est un levier extraordinaire. Ce sentiment d’appartenance des 11 000 collaborateurs du groupe est quelque chose de primordial à mes yeux. La dizaine d’administrateurs venue ici à Saint-Barthélemy, tout comme mon successeur, José Messer, témoigneront qu’il faut poursuivre notre engagement. A la fois dans le cyclisme et dans la voile. N’étant plus salarié de l’entreprise, je ne saurais prédire si notre engagement va perdurer. Désolé, je ne peux pas prendre l’engagement de vous l’annoncer. D’ailleurs, lorsque j’étais en activité, je ne faisais aucune déclaration de la sorte à l’issue d’une édition. Contrairement à la ville de Concarneau et à la collectivité territoriale de Saint-Barthélémy qui s’engagent sur plusieurs années. Mais cette 14e édition a encore démontré qu’il y a un intérêt à rester dans la voile. Il y aura dans deux ans un nouveau support, le Figaro Bénéteau 3, qui va certainement redonner un nouveau souffle.

Plongeonc’est en général le clap de fin de la transat. Yvon Breton se jette à l’eau avec les derniers arrivants à Gustavia – cette année, Guillaume Farsy et Renaud Nicot (Cornouaille Solidarité Saint-Barth).Photo @ Alexis Courcoux/Transat AG2R La Mondiale
Voilesetvoiliers.com : Que retiendrez-vous de ces 27 années de transat ?
Y. B. :
L’authenticité. La dimension humaine, ce qu’il y a de plus riche à mes yeux dans la vie. J’associe dans ce travail d’équipe l’équipe organisatrice qui a toujours eu ma confiance à juste titre. Mais également la classe Figaro Bénéteau, la Fédération française de voile, les villes de départ, la région Bretagne, la CCI de Quimper, l’île de Saint-Barthélemy et bien évidemment les marins, hommes et femmes, car ce sport met en avant la mixité. Ce sont eux qui font le spectacle. Sans oublier les sponsors des bateaux qui avec un ticket d’entrée de 100 000 euros pour une saison peuvent avoir des retombées de notoriété conséquentes en cas de succès. Cette transat n’a pas pris une ride.

Voilesetvoiliers.com : Vous reviendrez ?
Y. B. : Je ne sais pas si je vais être là, mais je sais que je ne peux pas couper le cordon ombilical avec mes amis marins.

Adrien Hardy et Thomas Ruyant Les yeux d’Yvon Breton ont toujours pétillé à chacune des arrivées dans le port de Gustavia. Ici, il célèbre la victoire d’Adrien Hardy et Thomas Ruyant (Agir Recouvrement).Photo @ Alexis Courcoux/Transat AG2R La Mondiale
Voilesetvoiliers.com : Comment abordez-vous le fait d’être maintenant à la retraite ?
Y. B. :
Je vais me réserver un peu de temps. Je n’ai pas toujours rendu la vie facile à mon épouse pendant toute ma carrière. Comme je disais, quand on reçoit beaucoup, il faut savoir redonner. Mes deux garçons sont chefs d’entreprise. Je ne vais pas leur apprendre leur métier mais probablement les aider si besoin. J’ai la chance d’avoir encore mes parents et je vais aussi leur consacrer du temps. Après, il est certain que je n’irai pas planter des choux. Je n’ai pas la main assez verte pour cela. Ceci dit, j’ai des propositions pour travailler dans les médias, la gouvernance du sport ou encore du coaching d’entreprise. De quoi m’occuper…