Actualité à la Hune

Cœur de chantier (28) : B&G Race

Servane Escoffier : «Je reviendrai à la course !»

Depuis les années 2000, Servane Escoffier jongle entre les compétitions, ses enfants et le chantier B&G Race qu’elle a monté avec son compagnon, Louis Burton, à Saint-Malo. Match-race, Tour de France, courses au large, la navigatrice a cumulé les milles avec même un tour du monde en double, avant de se consacrer corps et âme à la préparation du 60 pieds IMOCA Bureau Vallée tout en gérant la construction de monotypes et de voiliers de course-croisière.
  • Publié le : 01/09/2016 - 00:01


Servane EscoffierRégatière, match-raceuse, coureuse au large, Servane Escoffier a multiplié transats et tour du monde avant de se consacrer à la gestion du projet IMOCA et du chantier B&G Race à Saint-Malo.Photo @ Thierry Martinez/Sea&Co.

Voilesetvoiliers.com : Rien ne te prédestinait à devenir patronne d’un chantier naval !
Servane Escoffier :
La passion de la voile tout de même ! Et le fait d’avoir toujours vécu entre les ports, les chantiers, les bateaux, la mer… En fait, l’idée du chantier B&G Race vient de ma rencontre avec Louis (Burton) et son montage date déjà de 2012 quand nous avons développé la partie atelier composite pour, à l’origine, répondre à nos propres besoins sur le 60 pieds IMOCA Bureau Vallée. Bon an mal an, nous avons eu des demandes pour un voilier IRC de Saint-Malo. Mais la dimension actuelle vient du lancement du Tizh 40, le Class40 dessiné par Guillaume Verdier et mené par Yannick Bestaven pour la Route du Rhum 2014.

Voilesetvoiliers.com : Mais il n’y avait rien à l’origine…
S. E.
: Nous avons intégré dans un premier temps un bureau d’études, puis des spécialistes du composite pour le M7.50 (évolution du Monotype 7.50 de Gilles Brétéché) et le Class40. Et en juin, nous avons eu l’opportunité de rachater l’outillage du chantier Archambault. Désormais, nous avons une zone de travail de 2 500 mètres carrés.

Le ConservateurDès ses premiers bords, le Tizh 40 de Yannick Bestaven a démontré son potentiel avant de remporter la Transat Jacques Vabre 2015 en Class40.Photo @ Jean-Marie Liot DPPI

Voilesetvoiliers.com : La famille Escoffier vient pourtant de la région parisienne et normande !
S. E.
: Mon père, Bob, s’est installé à Saint-Malo en 1989 : je suis née en région parisienne, mais j’ai grandie en Normandie. Et à ma huitième année, je suis arrivée ici mais déjà auparavant, je passais toutes mes vacances à Cancale chez mes grands-parents. J’ai donc fait mes études à Saint-Malo, puis je suis allée à la faculté de Rennes pour commencer du droit. Au bout de trois mois, je suis revenue travailler ici avant de me présenter à une école de commerce à La Rochelle en 2003. Mais avec la moitié de ma formation entre l’Angleterre chez Offshore Challenge, l’Allemagne chez Bosch et les Antilles… Et en parallèle, je faisais de la compétition sur le Tour de France à la Voile avec un équipage féminin (Eminence) et sur la Transat Jacques Vabre 2003 avec mon père sur l’ancien 60 pieds monocoque de Loïck Peyron, Fuji. Et j'ai recommencé en 2005 avec Bertrand de Broc, la Transat Jacques Vabre sur un monocoque de 50 pieds, l’ancien Cray Valley, puis la Route du Rhum 2006.

Voilesetvoiliers.com : Et tu enchaînes les courses au large !
S. E.
: En 2007, j'ai participé à la Barcelona World Race avec l’Espagnol Albert Bargès (Education sans frontières), puis à la Route du Rhum 2010 sur le catamaran ex-Crédit Agricole II… Et je devais faire la Transat Jacques Vabre 2011 avec Louis (Burton), mais finalement on a fait un bébé ! Alors on s'est lancé dans le chantier naval. En résumé, de 2001 à 2005, j'ai fait mes études mais avec un aménagement du temps qui me permettait de pratiquer le match-racing avec Claire Leroy et de participer à sept Tour de France à la Voile jusqu’en 2010. J’ai aussi travaillé sur un audit pour le yacht-club de Monaco et fait plein de petits boulots. Tout cela m’a beaucoup formé pour les activités du chantier.

Catamaran Rhum 2010La Malouine d’adoption avait surpris tout le monde en s’alignant à la Route du Rhum 2010 sur l’ex-Crédit Agricole II, un catamaran Ultime de 22 mètres !Photo @ Julien Girardot Sea & C°

Voilesetvoiliers.com : Tout à coup, tu rencontres Louis Burton…
S. E.
: Il m’a proposé de faire la Transat Jacques Vabre 2011 sur son monocoque IMOCA, Bureau Vallée. Je n’ai finalement pas pu y participer parce que j’étais enceinte, mais je travaillais sur les chantiers de mon père et sur ce projet avec Louis. Et au fur et à mesure, les activités se sont développées avec des réparations d’abord, puis des constructions de voiliers de course ou de course-croisière à partir de 2012-2013 avec Laurent Gourmelon, notre orfèvre du composite. C’est ainsi que nous avons réalisé notre premier Tizh 40, Le Conservateur, pour le Rhum 2014. Et cette année, nous avons repris les actifs d’Archambault !

Voilesetvoiliers.com : Une nouvelle activité difficile en cette période !
S. E.
: Tout a vraiment commencé en 2013, mais il fallait s’agrandir pour s’asseoir : nous avons ainsi dédié un atelier pour les petits monotypes, M7.50 et Surprise, et une autre zone pour les prototypes et les petites séries (A-35, Tizh 40…). L’histoire du Brétéché 7.50 vient d’une rencontre avec l’architecte et Guy Prenier : nous avons ainsi développé une version plus moderne avec tableau arrière ouvert et moteur électrique, parce que cette classe est assez active et très sympa. En quelques mois, nous avons livré cinq exemplaires… Et nous avons un plan de charge pour toute l’année. Surtout que les Anglais sont intéressés !

M-750Le monotype Brétéché 7.50 a été un succès : il trouve une nouvelle dynamique avec le nouveau dessin de l’architecte lancé par B&G Race.Photo @ M-750

Voilesetvoiliers.com : Et le chantier B&G Race reprend la construction de certaines séries Archambault.
S. E.
: Il n’y avait plus d’équipe, que les outils et la marque. Nous avons rapatrié le matériel en juin 2015 pour relancer les Surprise, le A-35 Racing, et l’ex-A 13 (désormais A-43). Nous voulons livrer de dix à quinze Surprise par an parce que les Suisses en sont fans et le marché français est encore dynamique. En parallèle, nous avons remis en place le système de distribution avec des agences aussi à l’étranger. Et puis Teasing Machine est un excellent bateau qui a fait parler de lui lors de Sydney-Hobart et de la Commodore’s Cup… On devrait donc réaliser d’autres A-43.

Voilesetvoiliers.com : Mais tout cela a changé ta vie et tu fais beaucoup moins de courses…
S. E.
: Cela n’a pas changé tant que cela parce que je baigne dans le bateau toute la journée. Mais il fallait bien structurer le chantier pour que Louis (Burton) soit focalisé sur son Vendée Globe. Aujourd’hui, nous sommes vingt personnes sur la partie strictement chantier, dix sur le projet IMOCA et la course au large. Je supervise aussi depuis 2012 le challenge pour le Vendée Globe. Je n’ai pas le temps de m’ennuyer ! Je devais participer à la dernière Route du Rhum mais j’ai eu un problème de santé. Je suis en forme maintenant et je m’entraîne de nouveau : je reviendrai sur le circuit de la course océanique !

SurpriseLe Surprise a été diffusé à plus de 1 500 exemplaires par le chantier Archambault avant d’être relancé par le chantier malouin l’été dernier. Photo @ Bruno Cocozza DPPI