Actualité à la Hune

salons nautiques

L'exaspération d'Annette Roux

La saison des salons d’automne n’a pas encore débuté – le 40e Yachting Festival de Cannes ouvrira ses portes demain – que la guerre reprend entre la société organisatrice Reed Expositions France et la Fédération des industries nautiques qui créa cette exposition à flots en 1977.
  • Publié le : 11/09/2017 - 17:37

Annette RouxA 75 ans, Annette Roux - photographiée ici lors des Assises de l'économie de la mer 2016 - n'a rien perdu de son mordant. Photo @ Thierry Nectoux/le marin

Dans une lettre ouverte publiée dimanche soir (lire plus bas), Annette Roux présidente de la Fondation Bénéteau - mais aussi du salon cannois ! - s’en prend avec virulence à la société Reed qui,  selon elle : « au motif qu'elle est en conflit avec la Fédération des industries nautiques, l'écarte (la FIN, ndlr) de l'organisation de cet événement » et ne l’a pas invité à la soirée de prestige destinée à commémorer les 40 ans du salon avec les exposants !

« Au-delà de l’inélégance, j’y vois l’expression d’une indifférence vis-à-vis des femmes et des hommes qui ont fait ce salon », estime Annette Roux… elle-même ancienne présidente de la FIN.
Il y a 40 ans déjà, rappelle Mme Roux, un différend existait déjà entre la FIN, propriétaire du salon nautique parisien et l’organisateur de l'époque. Cette année, le Nautic, le salon parisien sera de nouveau organisé par la FIN… qui a écarté Reed, son prestataire en 2016.

Et la Fédération aimerait bien en faire de même avec le salon de Cannes, mais une clause ajoutée en 2011 dans le contrat liant les deux parties, confirme à Reed la gestion de l’exposition à flot pendant 20 ans ! Une procédure est en cours devant le tribunal d'instance de Paris. Un premier jugement pourrait être rendu fin 2017 ou début 2018.

Contrairement au salon parisien, celui de Cannes se porte à merveille. Quelques 600 bateaux seront exposés jusqu’au 17 septembre prochain dans le vieux port ainsi que dans le port Pierre-Canto.Et le groupe Bénéteau, la maison de Mme Roux y sera à son aise, y présentant son nouvel Océanis 51.1, un nouveau motor-yacht de sa marque Monte Carlo, trois nouveaux Lagoon (deux voiliers, un cata à moteur), de nouveaux voiliers - tel que le Sun Odyssey 319 - et vedettes estampillés Jeanneau, le CNB 66…

Mais qu’à 75 ans Annette Roux signe sa première lettre ouverte, montre bien son agacement devant les relations distendues entre la Fédération et son prestataire en matière d’organisation dont les ambitions ne sont pas les mêmes.

Panorama Yachting Festival CannesLe Yachting Festival de Cannes est devenu le plus important salon à flot d'Europe pour les unités entre 12 et 65 m. De sa rentabilité naissent bien des tensions.Photo @ Cannes Yachting Festival


 

Lettre ouverte d'Annette Roux
adressée au professionnels du nautisme

Décidément, l´histoire se répète !

Il y 40 ans on pouvait lire dans la revue industries nautiques : "... les nombreux problèmes relatifs aux rapports de la Fédération avec l’organisateur technique du salon (de Paris) … laissent l’impression à la profession qu’elle contrôle de moins en moins la manifestation, alors que paradoxalement elle en est la légitime propriétaire, ce que certains ignorent encore. On sait l’origine de ce malaise : la dénonciation du contrat liant la Fédération à son entrepreneur.... La Fédération, en manifestant l’intention de se retirer de ce contrat, a été sous la menace d’une politique de terre brûlée... ». [1]

Nous étions en 1976 / 77.

2017 est donc bien une année anniversaire !

La fédération professionnelle qu’est la FIN est née pour défendre les intérêts de ses membres et promouvoir le nautisme, d’abord dans les salons nautiques.

Car les salons nautiques sont dans notre métier « un mal nécessaire » pour des raisons que nous connaissons tous. Ne pas y être, c’est ne plus exister. Encore faut-il que leur coût reste abordable pour tous.

Pour atteindre ses objectifs, la profession, tout au moins pour Paris et Cannes, a fait appel dès l’origine à des organisateurs, prestataires de services.

Mais alors, pourquoi cette colère en 1977 du Président de la FIN, Michel Nivelt, l’amenant après accord de son Conseil à dénoncer le contrat de l’organisateur technique - la SPODEX - qu’elle avait elle-même choisi ? Parce qu’il avait constaté que SPODEX, dirigée par Jean Dayné, s’enrichissait au détriment de la profession.[2]

Cette période fut violente : les exposants étaient sous influence, indisposés par des actions en justice, des communiqués des uns et des autres, mais cette crise va poser les bases du futur.

Jean Dayné transfèrera à OIP, fondée par Jean-Pierre Jouët, ses fichiers clients, son expertise et sa principale collaboratrice Jacqueline Bourey.

Jean-Pierre Jouët aime avant tout la profession. Constructeur lui-même, puis fondateur et premier Président de la FIN, il partage la même ambition et les mêmes valeurs que la Fédération.

Perfectionniste et craignant qu’OIP ne puisse mener à bien nos deux salons, Paris et Cannes, il cèdera gracieusement l’organisation de ce dernier à Jacqueline Bourey, qui créera sa propre société, la SEPA.

La Fédération des Industries Nautiques aura alors deux grands professionnels pour développer ses salons. Mais le temps passant, ils devront « passer la main ». 
OIP deviendra alors Reed-OIP, et SEPA, Reed-SEPA. Le lien personnel et de confiance que la FIN et les organisateurs de ses salons ont tissés se poursuivra jusqu’en 2016, date de sa rupture et de la naissance corrélative de la crise actuelle.

La société Reed qui organise cette année le Salon de Cannes a choisi d’inviter les exposants à une soirée de prestige pour commémorer le 40ème anniversaire du Salon.

Au motif qu’elle est en conflit avec la Fédération des Industries Nautiques, elle l’écarte de l’organisation de cet évènement et oublie tout simplement de me convier, alors que je demeure statutairement la seule Présidente de ce Salon.

Au-delà de l’inélégance, j’y vois l’expression d’une indifférence vis-à-vis des femmes et des hommes qui ont fait ce salon.

Commémorer c’est se rappeler sans faux semblants, en vérité et humblement.

Dans sa version actuelle le Salon est issu d’un échange fructueux entre le Maire de Cannes, Bernard Cornut-Gentille, et les dirigeants de la FIN, Michel Nivelt, son Président, Claude Deburaux, son vice-Président en charge du Salon de Cannes et Stéphane Flachon, Président de la Chambre Syndicale Méditerranéenne.

Le projet de la FIN était de créer un salon complémentaire de celui de Paris. Tandis que la ville apporte son soutien et prend en charge l’organisation technique du salon, la Fédération administre, préside et anime le salon, son comité d’admission et son comité d’organisation. C’est elle qui propose à la ville de prendre SPODEX comme commercialisateur.

C’est grâce à eux, à leurs successeurs et à leurs collaborateurs que l’on doit la réussite de ce salon. Outre Jacqueline Bourey, dont nous avons toujours souligné le professionnalisme, pour la ville il faut saluer l’action de Georges Charles Ladeveze et d’Anne-Marie Dupuy, Maires de Cannes, de Georges Dufour leur adjoint, de Jean Pierre Odéro, et plus récemment celle de Bernard Brochand et de David Lisnard, que j’avais le plaisir d’accueillir encore l’an dernier.

Pour la Fédération, je veux rappeler l’action de Claude Deburaux, poursuivie par Jacques Girardin, vice-Président de la FIN et Conseiller municipal de Cannes et délégué au nautisme. Je pense également à Michel Richard qui l’a inauguré six fois comme Président de la FIN, ainsi qu’à Tibor Sillinger et Nic Johansen, qui ont animé son Comité d’organisation, notamment à l’époque où j’étais moi-même Présidente de la FIN.

Nier aujourd’hui, comme le fait la société Reed, l’action décisive de tous ces dirigeants et responsables professionnels est non seulement une contrevérité, la marque d’une ignorance profonde de ce qu’est notre industrie, mais également une insulte au passé, au présent et au futur.

 


[1] Editorial d’Henri Bourdereau. 1977.
[2] 100 ans du Nautisme p.191-192

Océanis 51Bénéteau présente à Cannes le nouveau navire amiral de sa gamme Océanis avec le 51.1 signé Berret-Racoupeau.Photo @ Christophe Favreau