Actualité à la Hune

Dominique Pédron, constructeur du premier Mini 6,50 à foil

«Sur le papier, un mini à foil est plus rapide à toutes les allures !»

  • Publié le : 16/05/2012 - 00:01

PuissanceTrès étroit de carène, le Mini 6,50 Isotop tire l’essentiel de sa puissance du foil horizontal. Plus ça va vite, plus ça pousse vers le haut et moins ça gîte. Attention tout de même aux départs à l’abattée ! (Cliquez pour agrandir).Doc @ Dominique PédronEn 2010, David Raison jetait un pavé dans la marre en lançant Magnum, son fameux Mini en forme de scow et à l’étrave ronde (voir la vidéo ici). On connaît la suite, brillante s’il en est.

Cette année, c’est au tour de Dominique Pédron de lancer un sacré pavé dans la mare. Et un proto étonnant, Isotop, qu’il mettra à l’eau cet été – et ne ressemble à aucun autre. Présenté en exclusivité dans le dernier numéro de Voiles et Voiliers (n° 496, juin 2012 en kiosque dès le 17 mai), il ne mesure qu’1,85 mètre de large, et tire sa puissance de l’utilisation du DSS, un foil horizontal qui coulisse en travers de la coque. En complément de l'article publié dans notre magazine, son constructeur nous explique ici sa démarche et ses ambitions.


voilesetvoiliers.com : Comment vous est venu l’idée d’utiliser un foil sur ce Mini ?
Dominique Pédron :
Je connaissais Hugh Welbourn, car il avait dessiné les appendices du trimaran Haute Normandie qu’on avait réalisé chez Isotop (la société de pièces custom installée à Marans que dirige Dominique, ndlr). Je savais que depuis, il avait déposé le brevet du DSS (Dynamic Stability System), ce foil horizontal. J’avais envie de construire un Mini à mes heures perdues dans l’atelier. Je me suis donc lancé en août 2009.

Expérimentation Dominique Pédron (à gauche), ici en discussion avec Jean Saucet, du Centre d’entraînement Atlantique 6,50 de La Rochelle, autour d’Isotop. Un Mini, c’est quelques milliers d’heures de travail et au moins autant de réflexion et de cogite. Un aspect qui a manifestement attiré Dominique.Photo @ Christophe Breschi (Ricochets17.com)v&v.com : Et donc, pourquoi expérimenter le foil ?!
D.P. :
Ça fait longtemps que je suis dans le métier. J’ai connu l’épopée des grands multis dans les années 80, cette créativité formidable. Aujourd’hui, au contraire, les gens commandent ce qui a gagné la fois d’avant. Moi, ça ne m’intéresse pas. A l’atelier, on avait les moules de Soïtec, un plan Nacira construit en 2007. On aurait pu refaire le même, mais ça n’aurait eu aucun intérêt. Au début, je voulais appeler le bateau Brain Storming. En fait, il s’appellera Isotop, du nom de ma société, mais je veux que ça reste un jeu, surtout pas du travail. C’est un exercice de style, un acte gratuit.

v&v.com : En deux mots, comment ça marche ?
D.P. :
C’est très simple. Quand on sort le foil sous le vent, plus le bateau va vite, plus il repousse la coque vers le haut. On décale le centre de carène, ce qui permet d’avoir une carène beaucoup plus étroite que les Minis qui mesurent 3 mètres de large pour 6,50 mètres de long. Au final, tu gagnes en traînée, en poids parce que l’enveloppe est très légère. Après, il faudra tester tout ça et trouver le mode d’emploi…

v&v.com : Comment avez-vous arrêté le compromis entre puissance de la carène et appui du foil ?
D.P :
On avait un cadre de jauge – c’est d’ailleurs ce qui est intéressant, car c’est la première fois que l’on va pouvoir tester le DSS à égalité contre d’autres voies architecturales, qui forment une référence. En fait, la mesure déterminante, c’est la largeur max de 3 mètres. Tu peux faire un bateau à 2,50 mètres de flottaison avec le foil qui dépasse de 50 centimètres ou aller plus loin. Nous, on s’est arrêté à 1,85 mètre de large au pont. Tu peux donc facilement calculer la longueur du foil qui sort sous le vent.

v&v.com : Y avait-il aussi une contrainte d’habitabilité ? C’est déjà pas grand, un Mini de 3 mètres de large !
D.P. :
Comme le bateau a une quille fixe, je le trouve plutôt plus convivial que les protos dont le bras de quille et les palans prennent tout l’espace de vie. Il faut voir aussi que le puits du foil en travers est vraiment au ras des pâquerettes, très près du fond de coque. Je crois que le bateau sera assez agréable à vivre. C’est une donnée qui n’a pas vraiment influé sur les mensurations qui ont été étudiées par Hugh, sans contraintes. Moi, je ne fais que construire et pour le reste, je m’en remets à l’architecte !

v&v.com : Et vous naviguez aussi ?
D.P. :
Non, je tirerai quelques bords pour la mise au point, mais je ne suis pas coureur. J’ai deux régatiers de très bon niveau pour faire marcher le bateau. Une fois qu’il aura montré son potentiel, il sera temps de passer à autre chose !

RéalisationL’un des intérêts du DSS est de limiter la puissance de la carène, donc d’accoucher du Mini le plus léger possible. Evidemment, c’est un peu moins habitable. Notez le système de ballasts qui augmente un peu le couple, mais aussi l’inertie dans la mer au près.Photo @ Christophe Breschi (Ricochets17.com)v&v.com : A quelles allures les prédictions de vitesse sont-elles les plus favorables ?
D.P. :
En fait, d'après les VPP, on est toujours au dessus des minis «classiques», tout particulièrement au débridé un peu venté. C’est bien aussi dans les petits airs, où l’on rentre le foil. On bénéficie alors de la très faible surface mouillée (environ 7,50 m2 contre 11 m2 pour un Mini de 3 mètres de large, ndlr).

v&v.com : Le nouveau parcours vers les Antilles de la Mini-Transat à partir de 2013 peut-il donner encore plus de chances au concept ?
D.P. :
Oui, car aux angles de descente, c'est là que le foil parle particulièrement, surtout avec la stabilité de route qu’il apporte. C’est en théorie plus confortable, donc plus sûr pour le marin qui peut attaquer davantage.

v&v.com : Où en est Isotop actuellement ? On peut espérer le voir courir en 2012 ?
D.P. :
Comme j’y travaille le soir et les week-ends et que j’essaie de bien faire, ça prend beaucoup de temps. Aujourd’hui, la boîte est finie, accastillée, les systèmes de ballasts et de foil en place. Il reste du travail sur le mât qu’on fait aussi nous-mêmes. Environ 200 heures pour être à l’eau. J’espère terminer le 1er août. Ça fera exactement trois ans que j’ai commencé, j’aurai 49 ans, c’est une bonne date pour un baptême !